L’immigration explose depuis 2007

Interview du conseiller aux Etats Thomas Minder (SH) dans ÉDITION SPÉCIALE du 30 décembre 2013

Dans une interview accordée à «Edition spéciale», le conseiller aux Etats hors parti et chef d’entreprise Thomas Minder explique pourquoi l’immigration démesurée dépasse les possibilités d’accueil de la Suisse à plusieurs points de vue.

Edition spéciale: L’économie suisse emploie de la main-d’œuvre étrangère depuis de nombreuses années. Pourquoi cette immigration fait-elle problème aujourd’hui?

Thomas Minder: Parce que la libre circulation des personnes avec l’UE nous impose une immigration de masse incontrôlable et ingérable. Depuis 2007, on compte chaque année environ 80000 immigrants de plus que d’émigrants. L’immigration a explosé à tel point qu’année après année nous devons disposer de capacités d’accueil pour une population correspondant à celle de la ville de Lucerne ou du canton de Schaffhouse. Ce phénomène et ses effets négatifs compromettent une cohabitation ordonnée et paisible en Suisse. Si cela continue ainsi, nous aurons dix millions d’habitants dans vingt ans.

Edition spéciale: Pourquoi croyez-vous que l’initiative populaire «contre l’immigration de masse» est la bonne réponse à cette démesure?

Thomas Minder: Parce que la politique fédérale a échoué et parce qu’il sera bientôt trop tard. Il ne faut pas oublier que la forte proportion d’étrangers et l’immigration incontrôlée préoccupent depuis de nombreuses années nos concitoyens. Plusieurs initiatives populaires ont été déposées à ce sujet et quelques-unes sont encore pendantes. Je songe par exemple à l’initiative pour le renvoi des étrangers criminels qui attend toujours d’être appliquée. Ou encore à l’initiative Ecopop «Halte à la surpopulation – oui à la préservation durable des ressources naturelles» par laquelle même des milieux proches des Verts réclament la correction d’une immigration sans limite. Que faut-il encore pour que l’on prenne enfin au sérieux au Palais fédéral l’inquiétude croissante de la population?

Edition spéciale: Quelle différence y a-t-il entre la solution proposée par l’initiative «contre l’immigration de masse» et les autres projets?

Thomas Minder: Cette initiative n’exige ni un gel complet de l’immigration, ni une résiliation des accords bilatéraux avec l’UE. Elle donne en revanche au Conseil fédéral le mandat de rouvrir les négociations avec l’UE sur la libre circulation des personnes et de redonner à la Suisse les moyens de contrôler et de gérer en toute indépendance l’immigration sur son territoire. C’est donc un projet modéré et raisonnable. A côté de l’Australie, du Canada et de la Nouvelle-Zélande, la Suisse est aujourd’hui le pays d’immigration le plus recherché du monde. Notre économie florissante avec un taux de chômage exceptionnellement bas agit comme un aimant sur les chômeurs européens, du Portugal jusqu’aux Pays baltes. Tout en étant un des plus petits Etats européens, la Suisse se retrouve face à un espace économique de quelque 500 millions de personnes dont des millions cherchent en permanence du travail et de la sécurité sociale en dehors de leur pays d’origine.

Edition spéciale: L’économie met en garde contre cette initiative en affirmant qu’elle n’est pas compétitive sans main-d’œuvre étrangère. Qu’en dites-vous?

Thomas Minder: L’immigration démesurée que subit la Suisse pose de gros problèmes d’accueil à de multiples niveaux. La densité démographique avec quelque 190 personnes au kilomètre carré est extrême. Chaque seconde un mètre carré est bétonné. La dispersion de l’habitat a pris des proportions effrayantes. La hausse des prix immobiliers multiplie les pendulaires. L’instruction publique est dépassée. L’infrastructure de transport ne peut plus répondre à une demande excessive. Voilà le prix d’un développement sans borne dans le vrai sens du terme. Comment peut-on raisonnablement prétendre qu’un tel développement rend notre pays plus compétitif? De plus, nous avons le sentiment de plus en plus net que la qualité de la cohabitation souffre massivement de l’immigration.

Edition spéciale: Faites-vous allusion à l’augmentation de la criminalité?

Thomas Minder: Oui, entre autres. Grâce à la libre circulation des personnes et à l’adhésion à l’accord de Schengen, la Suisse est devenue un paradis pour les criminels de tous bords. Toutes les huit minutes un cambriolage est commis à quelque part! Le fait est que 70% des malfaiteurs arrêtés sont des étrangers. L’immigration de masse incontrôlée offre de séduisantes possibilités aux criminels.

Edition spéciale: Sans immigrants hautement qualifiés l’économie suisse est condamnée au déclin. Que dites-vous de cet argument en tant que chef d’entreprise?

Thomas Minder: Les étrangers représentent environ un quart de la population résidente. Or, une personne sur deux bénéficiant d’indemnités de chômage est étrangère. Je me demande alors pourquoi cette main-d’œuvre prétendument si bien qualifiée et si indispensable tombe au chômage. Il est aussi inquiétant de constater que trois fois plus d’étrangers que de Suisses vivent de l’aide sociale. Et tout cela à une période de haute conjoncture et alors que l’on nous présente la libre circulation comme un «modèle à succès». On commence seulement à enquêter sur les effets dramatiques de la libre circulation sur nos institutions sociales, soit notamment l’assurance- chômage et l’AVS. La Berne fédérale ne sait pas encore ce qui attend la Suisse et sa population. Une fois de plus, le Conseil fédéral se contente de proférer des menaces. J’espère bien que le peuple suisse saura corriger le tir, comme il l’a fait avec l’initiative contre les rémunérations abusives.