Stopper la perte des terres cultivables

Exposé de Guy Parmelin, conseiller national, vigneron et maître-agriculteur, Bursins (VD), du 19 décembre 2013

L’agriculture suisse doit-elle avoir des craintes en cas d’acceptation de notre initiative pour satisfaire ses besoins en main d’œuvre ? Certainement pas.

Dans le passé, notre pays a toujours offert des perspectives professionnelles à des personnes venues d’autres pays mais de manière contrôlée. L’objectif était de gérer au mieux les besoins de l’économie en mettant à sa disposition les forces de travail nécessaires. L’agriculture, malgré une mécanisation toujours plus poussée, restera encore dans le futur une utilisatrice de personnel, tant à l’année que de manière occasionnelle, particulièrement en fonction des pointes de travail et de la topographie du terrain.

Mais elle ne peut rester insensible aux effets pervers et à la pression grandissante issue d’une immigration massive telle que vécue aujourd’hui. 80000 personnes de plus annuellement génèrent des conséquences très concrètes en matière de surfaces de terrain qui sont définitivement perdues pour l’approvisionnement du pays ; si cette tendance lourde se poursuit, cela va accroître fortement notre dépendance envers l’étranger avec tous les risques que cela suppose (nous sommes déjà les champions du monde des importations nettes de denrées alimentaires). Il ne faut en effet pas oublier que nous ne produisons aujourd’hui déjà qu’un peu plus de 50% de ce que nous consommons. Si on analyse de plus près les bases de production, on constate que de 1985 à 2009, plus de 3468 ha par année dévolus aux cultures ont disparu. Sur le Plateau, 80% des pertes l’ont été pour des besoins de construction. Affirmer ainsi que le font certains que l’immigration massive n’a que peu d’influence sur ce phénomène, c’est pratiquer la politique de l’autruche. Le nombre d’initiatives cantonales qui veulent s’attaquer au problème de la perte des terres agricoles montre bien qu’au niveau local et régional, il y a une prise de conscience de plus en plus aigüe du phénomène et que cette pression devient insupportable pour de nombreux citoyens.

L’agriculture suisse emploie 20 000 travailleurs d’origine étrangère ; l’initiative laisse cependant suffisamment de marge de manœuvre pour des autorisations de travail comme c’était le cas dans le passé. En outre, les autorisations dites de court séjour présentent plusieurs avantages : les personnes retournent dans leur pays à l’échéance de leur contrat ; la charge sur nos assurances sociales, en particulier l’assurance-chômage est insignifiante; les salaires gagnés dans notre pays profitent directement et concrètement à leurs pays respectifs.

Un des aspects dont on sous-estime régulièrement l’importance est le risque que fait peser à terme une telle immigration sur nos institutions sociales ; la forte concurrence qu’elle exerce pousse souvent les travailleurs suisses et étrangers domiciliés dans notre pays vers le chômage ; si la libre circulation des personnes produit certains effets positifs sur les finances actuelles de l’AVS, elle en masque aussi des aspects négatifs importants. En fait, elle ne fait que déplacer dans le temps les indispensables mesures correctives à mettre sur pied afin d’éviter de déséquilibrer tout l’édifice. Dans plusieurs secteurs, on remarque déjà de coûteuses dérives qu’il faudrait corriger rapidement. Ainsi, s’agissant de l’AI, on peut constater par exemple une quote-part des nouveaux rentiers deux fois plus élevée pour certaines catégories de ressortissants étrangers que pour les Suisses. Et vu l’échec de la réforme 6b du fait du manque de courage politique des partis du centre gauche, il est fort probable que, dès la fin de l’apport extraordinaire de la TVA au début 2018.

L’assainissement de cette assurance soit de nouveau d’actualité. Idem en ce qui concerne l’aide sociale où, sur les 236  133 personnes concernées (2011) 45,4 % étaient des ressortissants étrangers. Là, ce sont les communes qui paient une facture en passe d’exploser. Pour en revenir à l’AVS, l’embellie de ces dernières années s’explique par une économie dynamique, donc des revenus du travail en expansion dus certes en partie à la très forte immigration constatée. Mais il ne faut pas oublier que, si ces citoyens étrangers sont actuellement des contributeurs nets, ils auront aussi droit à l’avenir aux prestations de l’AVS. En outre, nous ne sommes pas à l’abri d’un brutal retournement de tendance économique avec toutes les conséquences en cascade qui en résulteraient. Enfin, miser essentiellement sur l’immigration afin de stabiliser financièrement notre système de retraite reviendrait à nier les tendances structurelles lourdes nécessitant des réformes fondamentales dans nos assurances sociales. Et reporter à plus tard le règlement des problèmes serait tout simplement irresponsable.

Le moment est venu de reprendre en main la gestion et le contrôle de l'immigration. Nous avons absolument besoin du peuple suisse pour qu'il rappelle à la raison les représentants des associations économiques et agricoles ainsi que le Conseil fédéral. Un OUI à l'initiative mettra fin à la démesure, aussi dans l'immigration.

- Le discours oral fait foi -

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Conférence de presse du 19 décembre 2013 - les liens:

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ARGUMENTAIRE
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