L’immigration, ce doux poison pour l’AVS

Article de Philipp Stauber, entrepreneur, Lausanne (VD) dans ÉDITION SPÉCIALE du 30 décembre 2013

L’AVS reçoit chaque année les contributions des salariés, des employeurs et de la Confédération. Ces montants sont reversés aux rentiers. Ce système dit de répartition concrétise le contrat social entre les générations. Outre l’équilibre à court terme assuré par le fonds de réserve, l’AVS a besoin d’assurer son équilibre financier à moyen et à long terme.

Aujourd’hui, quatre personnes exerçant une activité lucrative financent une rente AVS. D’ici 2050, elles ne seront plus que deux. Si les rentes ne doivent pas diminuer de moitié, la question de l’équilibre financier à long terme de l’AVS se pose. Même un relèvement de l’âge de la retraite à 70 ans ne permettra pas d’atteindre ce but. Seule une croissance de la masse salariale de plus de 2% par an permet de maintenir les comptes AVS en équilibre. Cette croissance ne peut avoir que deux sources: la croissance des salaires moyens ou l’augmentation substantielle du nombre des salariés par l’immigration.

La productivité et les salaires vont de pair

La croissance continue des salaires n’est envisageable que si la productivité du travail augmente en parallèle. Les mesures à prendre sont connues, mais la politique rechigne à entreprendre les réformes nécessaires. En effet, la résistance de la fonction publique et des groupes d’intérêts concernés est massive, alors que les inerties du système politique ne permettent pas d’engranger des résultats substantiels avant les prochaines échéances électorales. Il appartient dès lors au peuple de réduire l’étendue des diverses zones de confort et d’œuvrer pour une meilleure productivité. A l’heure actuelle, c’est le seul scénario garantissant un équilibre financier durable dans l’AVS.

L’immigration met l’AVS en danger sur le long terme

En revanche, l’immigration est un doux poison pour l’AVS. Si les conséquences négatives de l’immigration sont immédiatement apparentes dans les domaines du logement, de la circulation et des transports publics, l’impact sur l’AVS n’est visible qu’à moyen et long terme. A court terme, l’immigration de travailleurs étrangers semble apporter de nouvelles ressources à l’AVS, mais le jour viendra où des prestations seront dues et où le bilan global de leurs apports s’avérera négatif. Leurs cotisations d’aujourd’hui se révèlent ainsi un leurre. En maintenant l’illusion d’un apport positif des immigrés à l’AVS, nous reportons le problème sur nos enfants.

Les bons contributeurs repartent, les cas sociaux restent

Le passé nous apprend que les immigrés avec des revenus élevés sont professionnellement plus mobiles que les autres, surtout en cas de stagnation ou de récession économique. La durée moyenne de leur séjour en Suisse est plus courte et leur bilan de migration neutre. En quittant la Suisse, ils emportent les cotisations versées ou gardent leur droit à une rente AVS alors que leurs cotisations cessent. Par contre, les immigrés peu qualifiés et à bas revenus restent en Suisse. Ils profitent bien plus que les Suisses de prestations sociales, ce qui fait dire à certains qu’il s’agit là d’une immigration non contrôlée dans le filet social. Ces personnes bénéficient ainsi d’une quasirente anticipée qui n’est pas compatible avec le contrat social entre les générations à la base de l’AVS.