Seulement des immigrants UE hautement qualifiés?

Article de Luzi Stamm, conseiller national (AG) dans ÉDITION SPÉCIALE du 30 décembre 2013

Comme des moulins à paroles, les autorités répètent que la libre circulation des personnes génère une immigration de personnes hautement qualifiées. Un grossier enjolivement de la réalité. Seule une toute petite partie des immigrants occupent des postes à haute qualification.

Il est complètement faux de prétendre que les immigrants de l’UE ou d’ailleurs sont avant tout des personnes hautement qualifiées. En 2012, près de 23% des immigrants UE (23779 en chiffre absolu) sont entrés en Suisse grâce au regroupement familial, donc sans activité lucrative, alors que 5230 autres sont inscrits dans la catégorie des personnes n’exerçant pas d’activité professionnelle. Les cantons ont accordé quelques 4000 autorisations de séjour à des personnes cherchant un emploi dont certaines touchent même l’aide sociale! De plus, 6,7% des immigrants UE, soit 7039 personnes, sont venus à des fins de formation et de perfectionnement.

Chaque année 10000 immigrants UE de professions non définissables

Environ la moitié des immigrants viennent donc en Suisse sans y travailler. Mais parmi ces actifs, les «hautement qualifiés» sont une infime minorité. Chaque année, 10000 autorisations sont accordées pour des activités professionnelles «non définissables». Cette position statistique comprend des auxiliaires, chargeurs, manœuvres d’usine, compléteurs de filtre, travailleurs occasionnels, aides du patron, aides-contrôleurs, poseurs auxiliaires, charbonniers, auxiliaires supérieurs, entreteneurs de vitrines, etc. La situation n’est guère plus réjouissante dans l’étonnante catégorie des «autres professions non classables». On y trouve des métiers comme des savants, ajusteurs, conducteurs de ligne, numéroteurs, piqueurs de racines, etc. Les deux catégories des métiers indéfinissables et autres métiers inclassables comportaient tout de même 10997 personnes en 2012, ce qui n’est pas négligeable.

Très peu d’ingénieurs

Avec 5268 personnes, la catégorie des employés de commerce était la plus importante (env. 5% des autorisations de séjour). Elle était suivie par les métiers du secteur principal du bâtiment, par le personnel de cuisine et de service, les concierges et le personnel de nettoyage. Les médecins et les infirmières représentaient juste 1,4%, respectivement 1,3% des immigrants UE. Plus loin dans le classement, on trouve également 464 autorisations de séjour pour des informaticiens/analystes et 183 permis pour des ingénieurs-informaticiens (juste 0,2% des permis de séjour accordés). Les 42 ingénieurs-mécaniciens et ingénieurs en processus viennent en 145e position de la statistique, derrière les repasseuses, blanchisseuses, journalistes et vignerons.

Mauvais niveau de formation des immigrants

Pour dissimuler la mauvaise qualité de cette immigration, les statistiques officielles se réfèrent toujours aux di- plômes scolaires des immigrants venant de l’UE. Rien d’étonnant à cela, car de nombreuses personnes viennent de pays à fort taux de maturité comme la France (50%) ou l’Italie (80%). Cette statistique révèle donc uniquement la différence entre les systèmes de formation, mais ne dit rien des métiers que les immigrants exercent effectivement. A quoi nous servent des universitaires étrangers travaillant en Suisse comme manœuvres?

Conclusion

Des dizaines de milliers de personnes sans activité lucrative et une proportion inquiétante de gens sans formation professionnelle valable affluent en Suisse. De plus le Conseil fédéral dissimule aussi l’immigration dans des secteurs problé matiques. On a ainsi appris grâce à une intervention parlementaire de la gauche que dans le seul canton de Genève le nombre de permis de séjours pour des activités proches de la prostitution a passé de 580 à plus de 4000 en dix ans…