Confus, plus confus, les plus confus

En politique, l'adjectif confus passe rapidement au comparatif, puis au superlatif. La concurrence que se livrent actuellement la Suisse et l'Allemagne en termes de politique d'immigration confuse en est une belle illustration. Dans les deux pays, les élus politiques promettent tout et n'importe quoi, mais tout ce qu'ils savent faire, c'est improviser. Et si un membre du gouvernement, comme récemment Madame Merkel, constate que l'expérience multiculturelle a échoué, cela n'aura jamais la moindre conséquence concrète. De l'opium pour le peuple.

Notre Conseil fédéral ne s'adonne certes pas à ce criant populisme, mais sa politique des étrangers n'est pas plus honnête pour autant. Depuis l'initiative Schwarzenbach en 1970, on nous dit qu'on veut s'attaquer sérieusement à ce problème. Entre-temps, la proportion d'étrangers a plus que doublé nonobstant une croissance massive de la population et des naturalisations de masse.

Des récolteurs d'asperges à la place d'informaticiens

Au début de ce millénaire, le gouvernement allemand croyait très sérieusement qu'il n'avait qu'à claquer des doigts pour que des professionnels hautement qualifiés, notamment des informaticiens indiens, affluent dans le pays. On a même créé une "green card" pour cette catégorie d'immigrants de rêve. Le premier exemplaire peut aujourd'hui être admiré au musée, mais le succès se fait toujours attendre. Echec complet aussi la "blue card" conçue pour les ingénieurs étrangers. En lieu et place, l'Allemagne a été submergée de récolteurs d'asperges est-européens. Bénéficiant de la liberté de circulation des personnes au sein de l'Union européenne, les chômeurs grecs, espagnols, polonais, bulgares et roumains considèrent également l'Allemagne comme une destination intéressante.

L'Allemagne est aussi un pays fort prisée dans les milieux des requérants d'asile. Entre 2012 et 2013, le nombre de demandes d'asile doublera sans doute. Le ministre de l'intérieur considère certes cette situation comme alarmante, mais rien ne changera bien sûr. Bavardages confus avant les élections.

Allemagne: plus de 100 000 Bulgares et Roumains par an

En fait, les autorités responsables se rendent compte de la gravité de la situation. Le journal "Bild-Zeitung" a rendu compte le 16.7.2013 d'un document interne de l'administration publique qui met en garde contre les conséquences de l'immigration en Allemagne. Surtout les grandes villes sont touchées par ce développement. Selon ce document, on a affaire à une "immigration de la pauvreté" qui menace la paix sociale. Durant les trois ans écoulés, 437 000 immigrants sont arrivés des seuls pays de Bulgarie et de Roumanie. Or, la pleine libre circulation des personnes avec ces deux pays n'existe que depuis quatre mois environ…

Alors que l'Allemagne, l'Autriche, les Pays-Bas et la Grande-Bretagne, soucieux de l'avenir de leurs systèmes de sécurité sociale, réclament de l'UE des mesures efficaces contre cette immigration de la pauvreté, les autorités suisses continuent d'ignorer ce problème. Dans la droite ligne du catéchisme du politiquement correct, on continue d'affirmer que seules des personnes parfaitement qualifiées s'intéressent à un établissement en Suisse. Là encore, la statistique de l'immigration donne une image très différente de la réalité: en 2012, juste 183 ingénieurs-informaticiens et 21 ingénieurs-électriciens ont immigré en Suisse alors que durant cette même période 6000 immigrants ont été engagés comme personnel de service et de cuisine. La majorité de ces personnes sont peut-être titulaires d'un baccalauréat, comme l'affirment fièrement les fonctionnaires de la Berne fédérale pour défendre la libre circulation des personnes, mais les assiettes et casseroles ne sont pas plus propres pour autant.

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Comme un nombre croissant d'autres domaines politiques, la politique d'asile et des étrangers de l'UE et de la Suisse, liée à Bruxelles par le biais d'accords bilatéraux, souffre de responsabilités mal définies. Des décisions importantes sont prises par des fonctionnaires sans légitimité démocratique qui, dans leurs tours d'ivoire, s'adonnent aux rêveries de la bien-pensance. Quant aux élus nationaux qui doivent rendre des comptes à leurs citoyennes et citoyens, ils se contentent de renvoyer à "Bruxelles". Cela leur permet de faire quelques déclarations démagogiques pour calmer le bon peuple, mais cela ne changera rien sur le fond. Pourquoi se fatiguer à mettre en place un concept clair si on peut renvoyer la responsabilité à d'autres qui ne seront jamais responsables?

C'est exactement à ce niveau qu'intervient l'initiative UDC contre l'immigration de masse. Elle place les élus politiques devant leurs responsabilités face au peuple suisse. La Suisse doit à nouveau décider de sa seule compétence qui peut vivre et travailler dans ce pays. Comme c'est normal pour un Etat souverain.